Paschal Grousset, Philippe Tissié et les lendits

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Au Moyen-âge, où ces grandes foires d’essence religieuse réunissaient activités spirituelles, commerciales et culturelles, les lendits rassemblaient une foule fervente et bigarrée, badant volontiers autour des démonstrations de performances physiques, exercices de force, de souplesse, de jonglerie, qui animaient l’endroit. Perdus au fils des siècles, les lendits furent remis à l’honneur à la fin du XIXe siècle, avec une orientation résolument sportive.

Le journaliste Paschal Grousset (1844-1909), député communard délégué à la gymnastique, et le docteur Philippe Tissié (1852-1935), furent les principaux artisans du renouveau des lendits. Le premier, déporté en Nouvelle Calédonie, s’était évadé puis réfugié en Angleterre où, comme Coubertin, il put apprécier les bienfaits des innovations pédagogiques britanniques, qu’il vanta dans La Vie de collège en Angleterre, paru en 1880. Cet homme contesté par ses contemporains travailla par la suite avec Jules Verne aux Voyages extraordinaires avant d’être de nouveau engagé dans la députation aux côtés de Jean Jaurès. Résolu à étendre la pratique des activités physiques alors réservée à l’élite, il créa en 1888, avec le soutien du quotidien Le Temps, la Ligue Nationale d’Éducation Physique, dont les très nombreuses personnalités qui la constituaient étaient présidées par Marcelin Berthelot.
L’époque valorisait alors la gymnastique traditionnelle d’inspiration militaire, et la Ligue souhaita développer les exercices en plein air pour les enfants et « instituer tous les ans un grand concours entre les champions des écoles, afin de constater la condition physique des générations qui se succèdent ». Où réapparurent les lendits, le premier se tenant à Paris dès 1889, avec 12 concours - de la course à pied à l’escrime en passant par le bicycle et la paume – et deux classements – individuel et entre écoles. Rapidement en conflit avec Coubertin et l’U.S.F.S.A., la Ligue, qui aura créé notamment l’Institut Libre d’Education Physique à Paris, s’essoufflera progressivement organisant tout de même le 1er Congrès national d’Éducation Physique le 20 avril 1892 dans le grand amphithéâtre qui vit plus tard la renaissance des Jeux olympiques.

La vie de Philippe Tissié fut moins tumultueuse que celle de Grousset qu’il connut à Paris en 1887. A la mort de son père, Tissié, alors âgé de 14 ans, se trouva dans l’obligation de travailler et n’entama ses études supérieures qu’à un âge déjà avancé. Docteur en médecine à 35 ans, ce passionné de cyclisme fonda une Ligue Girondine de l’Éducation Physique indépendante de la Ligue parisienne, et s’associa au recteur Ouvré pour développer l’activité sportive dans les écoles. Défenseur de la décentralisation, il organisa les 11 et 12 mai 1890 le premier lendit régional bordelais, occasion de ses premiers contacts avec Coubertin. Toutefois, au contraire du baron qui prit le chemin des clubs, de l’USFSA et plus généralement de la structuration du sport moderne aux niveaux national et international, Tissié privilégia le milieu scolaire, les jeux traditionnels et les Cercles gymnastes pour le développement du sport et de ses lendits qui se diffusèrent dans le Sud-ouest.
A l’appui de sa publication La revue scolaire, il parvint à convaincre de nombreux établissements de fonder des Sociétés sportives qui, sous son impulsion, prirent des noms de fleurs. Son action aura notamment pour incidence l’implantation régionale du Football (rugby) connu auparavant sous le nom de Barette et dont les règles furent officialisées par l’U.S.F.S.A.. En 1903, malgré le succès du lendit de Mont de Marsan, le ministère de l’Instruction Publique interdit les lendits, mettant un frein aux activités de Tissié, qui, créera malgré tout la Ligue Française de l’Education Physique en 1907. Les lendits réapparurent cependant, de façon malgré tout sporadique : en 1935, sous l’impulsion de Raoul Fournier, Président de la Ligue de 1935 à 1953 (date à laquelle la Ligue devient la Ligue Française de Gymnastique Educative) ; l’U.S.E.P. relança les lendits dans les années 50, en particulier en Bretagne, et jusqu’en Algérie, avant qu’ils ne retombent dans l’oubli

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