Alice Milliat, sortie de l'ombre d'une femme de sport

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Le 8 mars 2021, le CNOSF a dévoilé une œuvre d'art érigée en hommage à Alice Milliat. Une sortie de l'ombre pour une militante de la première heure du sport féminin. Découverte...

Le 3 rue de Varenne, dans le 7e arrondissement parisien, est une adresse majeure du sport féminin international longtemps restée dans l’ombre. Dans l’ombre du numéro 54 d’abord, devant lequel une plaque rend hommage à l’une de ses anciennes habitantes, Virginie Herriot, championne olympique de voile (8m) en 1928 et figure historique des sports nautiques et de la marine. Dans l’ombre du numéro 48 également, où vécurent en leurs temps la comtesse de Ségur et son époux Eugène.

Remis à l’honneur depuis quelques années, ce numéro 3 a abrité Alice Milliat, une pionnière du sport féminin, décisive pour le développement du sport féminin et son intégration au sein du mouvement sportif international et des Jeux Olympiques, Alice Milliat bénéficie en effet d’un effort légitime de mémoire qui l’a extraite de l’oubli. Si Coubertin est l’image paternelle des Jeux Olympiques, Milliat pourrait être reconnue, en France et dans le monde, comme la mère du sport olympique féminin .

De la pratique à la revendication

Née à Nantes le 5 mai 1884 d’un père employé de banque et d’une mère couturière, Alice Million sort diplômée de l’École normale puis s’en va pour Londres où elle se marie et prend le nom de Milliat. Devenue rapidement veuve, à 24 ans, Alice a d’abord trouvé des dérivatifs dans le voyage et le sport. Elle pratique ce dernier de façon éclectique, avec une préférence pour la natation, le hockey-sur-gazon et l’aviron – elle est la première femme à décrocher l’Audax rameur, sur 80km. Comme sportive, Alice Milliat s’avère tenace et déterminée. Elle le sera tout autant pour le développement et la reconnaissance du sport féminin.

Rentrée en France, Alice Millliat se propose pour être traductrice pendant la Première Guerre mondiale. Cela ne l’empêche pas de prendre, en 1915, la présidence de Femina Sport. Cette association sportive, fondée en 1912, compte parmi les premières à être spécifiquement dédiée aux femmes. Et dès 1917, le Femina Sport d’Alice Milliat organise les premiers championnats de France féminins d’athlétisme. Elle fonde également, avec deux autres sociétés de sport féminin parisiennes, la Fédération des sociétés féminines sportives de France. Trésorière, elle en devient la secrétaire générale en juin 1918, puis la présidente en avril 1919. La fédération est alors engagée dans un conflit avec les instances françaises et internationales de l’athlétisme, réfractaires à organiser des épreuves féminines. Alice Milliat prend les choses en mains.

A peine en poste, elle adresse une requête au Comité international olympique pour qu’il intègre des épreuves athlétiques féminines au programme olympique, de préférence dès Anvers 1920 et se heurte au même refus .

L’organisation des Jeux mondiaux féminins, initiative décisive

Milliat initie alors la création d’un comité chargé d’organiser des Jeux mondiaux féminins. La première compétition internationale féminine, qui fait figure de test, se tient à Monte-Carlo, du 24 au 31 mars 1921. Cinq Nations y sont représentées, toutes européennes : Grande-Bretagne, Italie, Norvège, Suisse et France.

Dans la foulée, le 31 octobre 1921 au 14 boulevard des Italiens à Paris, Alice Milliat parvient à transformer le comité d’organisation des Jeux mondiaux féminins en Fédération sportive féminine internationale (FSFI) et installe cette dernière à son adresse du 3 rue de Varennes.
Avec cette structure, elle va disposer d’une force institutionnelle qui, conjuguée à la création des Jeux féminins, s’avèrera décisive pour retourner la situation.

Après une nouvelle réunion sportive accueillie sur le Rocher au printemps 1922, la FSFI institue donc des Jeux mondiaux quadriennaux dont la première édition se tient à Paris, cette même année. Le 20 août, 20 000 personnes assistent au stade Pershing aux premiers Jeux mondiaux féminins. Initialement envisagés sous l’appellation de Jeux Olympiques féminins jusqu’au véto du CIO, ils réunissent près de 80 athlètes françaises, tchécoslovaques, suisses, britanniques et américaines. Viennent ensuite les Jeux de Göteborg, en 1926, trois jours de liesse sportive placés sous le patronage du Roi Gustav Adolf et du Prince Royal et accueillant neuf délégations nationales.

Devant la réalité de ce sport féminin se développant et s’organisant en dehors d’elle, la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF à l’époque) s’ouvre et avec elle les instances olympiques. En 1928, cinq épreuves féminines intègrent les compétitions d’athlétisme des Jeux Olympiques. Les Jeux mondiaux féminins continuent toutefois à croître. En 1930, dix-sept pays sont représentés à la troisième édition, tenue à Prague, puis dix-neuf délégations participent encore à l’édition de Londres, en 1934. Les Jeux mondiaux féminins de Vienne 1938 s’annoncent favorablement, Alice Milliat envisage même l’ajout de nouveaux sports au programme. Elle va alors jusqu’à demander au CIO… d’interdire la participation des femmes aux Jeux Olympiques, afin qu’elles soient libres de participer à des Jeux organisés pour elles.

Le retrait, la victoire et l’oubli

La situation a cependant évolué. En 1936, à Berlin, six épreuves sont au programme des compétitions d’athlétisme et l’IAAF tient congrès avec la FISF. Elle lui annonce ses dernières décisions : un programme sportif féminin sera prévu pour les Jeux Olympiques, les records et titres obtenus aux Jeux mondiaux seront reconnus, mais les Jeux mondiaux féminin 1938 n’auront pas lieu et la Fédération internationale du sport féminin sera dissoute. A la place, l’IAAF organise les premiers championnats d’Europe d’athlétisme féminin, les seuls même puisque, dès 1946, les championnats d’Europe d’athlétisme deviennent mixtes.

Cet accord de 1936 sonne l’aboutissement du combat et le déclin pour Alice Milliat, qui avait déjà pris du recul dès l’année précédente pour raisons de santé. La plus inspirée des dirigeantes sportives de l’Entre-deux Guerres et la première dirigeante internationale du sport entre dans l’oubli. Isolée et dénuée, elle décède le 19 mai 1957 au 40 avenue Daumesnil, dans le 12e arrondissement, après avoir passé la fin de sa vie entre la maison de retraite de la Fondation Rothschild, rue de Picpus , et le 6 de la Cité Pigalle dans le 9e. Elle est enterrée auprès de sa mère, dans l’anonymat de la concession familiale des Brevet, au cimetière Saint-Jacques de Nantes.

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