Kaditane Gomis, dans les traces du père... ou pas.

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Kaditane Gomis a 17 ans. S'il habite à Dingy St Clair, près d'Annecy, il se revendique de La Clusaz où il évolue dans son quotidien sportif et où se trouve son club de cœur. La Clusaz le lui rend d'ailleurs bien en étant son premier soutien.

Elève de Terminale ES à Albertville, au Pôle France, Kadi, comme il est évidemment surnommé, a été mis sur des skis par son père à l'âge d'un an et demi : « Je tenais à peine debout ! », confie-t-il d'ailleurs avec un petit sourire de tendresse filiale. Il faut dire que l'histoire du père et du fils Gomis est unique en son genre et à même de créer des liens éternels. De fait, l'histoire de son père appartient aujourd'hui à ces récits olympiques qui traversent les âges…

Faire de l'alpin avant de m'engager sur le freestyle

« Mon premier contact avec le freestyle remonte à mes cinq ans », se souvient-il, « Nous étions prtis à Méribel où se trouvait un énorme half-pipe, histoire de voir les pros s'entrainer. Je suivais mon père et après que lui se soit arrêté sur le bord du coping pour m'attendre… j'ai sauté dans le pipe directement. C'est la première fois que j'ai touché au freestyle ». Pour autant, son histoire avec le ski acrobatique ne débuta pas à cette époque-là. La raison ? « Mon père m'a toujours dit de faire de l'alpin avant de m'engager sur le freestyle histoire que je sois bien posé sur les skis. Du coup j'ai fait environ 5 ans de ski alpin avant de commencer le freestyle, vers 11 ans ».

Kadi a toutefois le freestyle au cœur et la tentation le porte : « Même quand je faisais du ski alpin, j'allais toujours au bord des pistes. Je sautais partout; Je ne pouvais pas avoir les skis aux pieds et ne pas aller prendre des sauts sur les côtés de la piste. Une fois, il y avait une compétition open de freestyle. J'ai été m'inscrire sans le dire à mes parents et j'ai fini troisième alors que j'étais encore sur de l'alpin. Mes parents étaient en bas des pistes à ce moment-là et ils ont entendu mon nom au micro pour la remise des prix. Ils sont donc venus voir et m'ont vu monter sur mon premier petit podium de freestyle. J'avais gagné un sweat-shirt à l'époque. Sauf que c'était une taille adulte, il m'arrivait aux chevilles à ce moment-là. Aujourd'hui, il est limite trop petit pour moi…».

Et, quand finalement Kadi s'oriente sur l'acrobatique, sa jeunesse lui joue encore des tours vestimentaires…« J'avais des petites chaussures. Tout le monde du freestyle portait une marque particulière à l'époque et moi aussi j'en voulais mais j'étais tout petit et il n'y avait pas vraiment de modèle adapté. Il y en avait un qui ressemblait à rien mais qui était leur seul vrai modèle enfant, avec deux crochets maxi, une chaussure qui montait à peine… et tout le monde rigolait en me voyant avec ces chaussures. Désormais, j'ai la chance de bénéficier de partenariats avec différents sponsors. J'ai un équipementier pour le textile et les masques, un autre qui me fournit tout mon matériel de glisse, ski, chaussures et bâtons. J'ai aussi un partenariat avec une marque de sweat-shirt, une autre de montre et j'ai aussi un fournisseur pour mes écouteurs ».

Tout va bien donc pour Kadi qui se voit déjà en Olympien et se donne tout les moyens pour cela. Il faut dire qu'il a de qui tenir...

Un Olympien pour papa

Pour rappel, Alfonse Gomis, le père de Kadi, a participé aux Jeux Olympiques d'Albertville pour le Sénégal, y disputant le slalom géant sur la face de Bellevarde à Val d'Isère. « Il n'avait pas de moyens, se remémore Jean-Pierre Mollié, entraineur national des jeunes du ski alpin aujourd'hui mais aussi ancien entraineur d'Alphonse. A l'époque, il y avait Lamine Guèye sur le circuit pour le Sénégal. Un pionnier qui a représenté son pays sur cinq Jeux Olympiques. Il s'était mis comme représentant sur les championnats du monde et comme il n'y avait qu'une place, Alphonse s'était toujours fait avoir. Mais Lamine ne voulait pas faire Bellevarde, qu'il ne sentait pas, et c'est Alphonse qui a fait le super-G ».

« Mon père, de base, il voulait jouer au foot », explique Kadi, « et puis il s'est fait recruter par un club de rugby marseillais. Il a alors été en centre de formation dans les Pyrénées et y a découvert le ski. Et il n'a plus arrêté. Il voulait absolument skier, et à commencer à s'entraîner, s'entraîner, s'entraîner, jusqu'à devenir assez bon pour faire les coupes du monde. A un moment donné, il a découvert qu'avec sa double nationalité franco-sénégalaise il pouvait faire les JO pour le Sénégal s'il le voulait vraiment. Et c'est ce qu'il a fait ».

En 1990, Alfonse demande à la Fédération française de ski de faire de lui un skieur compétitif. « Il s'entrainait avec le groupe relais; il était jeune et c'était les juniors »., poursuit Jean-Pierre Mollié. «.Il ne pouvait pas s'entraîner avec les A parce qu'il n'avait pas le niveau. Le responsable c'était Jacky Fourneau, un mec emblématique du ski français qui a entrainé Fabienne Serra par exemple. Je bossais avec lui sur les jeunes, les juniors… et on a vu arriver Alfonse. Son objectif, c'était de faire les Jeux et il venait avec nous quand on faisait de la vitesse, du géant, pour progresser. Et il a vraiment progressé très vite. On l'a vu passer du niveau skieur touriste moyen à un niveau de compétiteur correct. ».

Et pourtant, des obstacles, il en a eu. « A commencer il faut le reconnaître par le fait d'être noir dans un milieu montagnard et du ski où il n'y en avait pas », évoque Jean-Pierre Mollié. « Mais Alphonse était sympa, adorable et tout le monde l'a rapidement intégré. C'est un mec qui est très engagé dans l'associatif autour d'Annecy, il s'occupe de jeunes... c'est un super mec. Et je l'ai retrouvé par hasard. Son fils est arrivé au centre national il y a deux ans. Et je vois Gomis, Kaditane… Je me dis Gomis, Gomis, ce n'est pas possible, c'est le fils d'Alphonse ! Et le père se pointe à la rentrée et là, Alphonse qui me présente son fils... Donc avec Kadi, on a des liens un peu forts maintenant. C'est un bon gamin. Il est super fort en accro. Il a beaucoup bossé dessus depuis trois ans... Et il sait ce qu'il veut». Comme papa. « Il a le même état d'esprit que son père », confirme Jean-Pierre Mollié. « Il est très déterminé, il sait ce qu'il veut. C'est une famille qui sait faire des efforts et on peut même parler de sacrifices, parce que ce n'est pas évident. Ce sont de belles histoires ».

Je ne réalise pas trop...

Faut-il donc voir ce parcours du désormais jeune Olympien dans le ski acrobatique comme le fruit d'une influence paternelle ? Point donc. « Mon père ne m'a jamais forcé à rien, explique Kadi. Il ne m'a pas poussé à faire du ski et pas plus du ski freestyle. Il n'a jamais ni imposé ni retenu. Quand on a onze ans et qu'on veut faire du freestyle, on n'a pas toujours l'assentiment de nos parents. Lui ne m'a pas du tout retenu si ce n'est que, les années d'avant, il avait insisté pour que je fasse de l'alpin d'abord. Pour que j'ai les bases ». Kaditane semble avoir simplement intégré cet héritage paternel. D'ailleurs, son père fait totalement confiance au système fédéral et e fait discret. Il soutient la démarche, mais ne vient réellement qu'une fois dans l'année au centre national, pour la réunion de rentrée.

« Je n'ai pas vu de vidéos, mais plein de photos, on a les dossards à la maison…», complète le jeune skieur, «Je connais à peu près toute l'histoire mais on n'en parle jamais. Comme j'ai grandi avec ça, j'ai un peu comme l'impression que c'est normal.». Et son expérience du haut-niveau, Kadi la distingue nettement de celle de son père : « Pour moi, je ne suis pas dans l'idée de faire comme lui. On a des histoires complètement différentes. Je n'arriverai jamais à faire ce qu'il a fait. Moi j'ai toujours vécu dans le ski, lui a commencé super tard. Je pense qu'il a eu plus de mérite que moi pour avoir réalisé ce qu'il a fait. Moi j'avais un père moniteur de ski, j'habitais à la montagne. Lui habitait à Marseille, il avait des obstacles à franchir que je n'ai pas eu. Je ne vois pas du tout ça comme une continuité ».

Kadi trace sa voie donc… en s'amusant. « Je ne réalise pas trop. Mon père me dit tout le temps que c'est énorme ce que je fais, mais je n'arrive pas à me rendre compte de l'ampleur des choses. Moi, J'ai toujours vécu avec le ski et j'ai toujours eu la rage de gagner, au football comme au breakdance que je pratiquais beaucoup quand j'étais petit, avant d'arrêter ces deux activités pour me consacrer au football. Au début, j'ai commencé un peu comme tout le monde, pour le seul plaisir. Et je me suis retrouvé dans le groupe des plus grands pour progresser plus vite… avant de retourner dans ma classe d'âge pour retrouver mes potes. Et au final, j'ai commencé à faire des podiums, gagner des compétitions… »

Lui qui, quand il rentre dans son lycée d'Albertville passe devant une photo avec tous les porte-drapeaux d'Albertville 1992, dont son père, reconnait tout de même que « son parcours m'a fait un peu réaliser qu'en travaillant, je pouvais parvenir au plus haut niveau mondial ». A Lausanne, cette semaine, Kaditane touche enfin à une première promesse olympique… Quand on m'a dit que j'allais aux JOJ, « j'avais déjà une idée de l'ambiance puisque j'ai participé à beaucoup des compétitions intermédiaires des championnats d'Europe, à des coupes du monde aussi. Du coup, je n'étais pas impressionné. Et en effet, il n'y a pas plus de pression. L'ambiance de ski, c'est la même. Je pense aussi que je n'ai jamais ou très rarement la pression. Je gère très bien mon stress, et j'arrive à transformer en positif le stress ambiant de tout le monde ». Si sa confiance n'a pas réussi à le porter pendant ces Jeux Olympiques de la Jeunesse durant lesquels il n'est pas parvenu en finale sur le slopestyle comme sur le Big Air, Kadi n'en reste pas moins optimiste...

Objectif JO

Et l'avenir ? « Les Jeux, le plus tôt possible »., affirme Kadi. « Après, j'ai besoin de beaucoup m'entraîner pour y faire quelque chose. Si je vais là-bas, c'est en étant près. Je préfère attendre un peu et arriver aux Jeux en mesure de faire du mieux possible ». « Il va essayer d'aller aux Jeux, confirme Jean-Pierre Mollié, alors dans deux ans, c'est un peu tôt. Chez les filles, les meilleures y seront, mais pour le reste, c'est trop tôt ».

Kadi, qui pratique activement le skateboard du Printemps à la fin de l'été avant de stopper pour éviter les blessures, se voit ensuite travailler dans le sport, « soit dans le marketing, soit dans le management en m'occupant d'un team d'athlète pour une marque ou dans la direction marketing d'une grande marque de ski, quelque chose comme ça.». Il faut dire que le sport est résolument ancré dans la famille. Sa maman est professeur de danse, sa grande sœur, diplômée du conservatoire national de danse de Lyon et ses deux sœurs jumelles de 14 ans pratiquent également l'une athlétisme, l'autre la danse… Une histoire de famille on vous dit.

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