Médaillé de bronze en 2002, Richard Gay, 1er supporter de son fils à Milan-Cortina 2026
Jeux Olympiques11 févr. 2026
Médaillé de bronze en ski de bosses aux Jeux d'hiver de Salt Lake City en 2002, Richard Gay est aux premières loges pour suivre son fils, Paul-Andréa Gay, aux Jeux Olympiques de Milan-Cortina.

Vous êtes ancien olympien et médaillé à Salt Lake City en 2002, pouvez-vous nous en parler ?
J'ai l'impression que c'était hier, ça me colle à la peau. J'avais fini 5e aux qualifications. Quand j'ai su que j'avais obtenu la médaille de bronze, c'était un vrai soulagement. Je n'ai réalisé que le soir à la cérémonie de médailles. Il y avait un sentiment d'accomplissement et une vraie fierté après toutes ces années de travail. Depuis ma médaille, aucun Français n'a fait de podium en ski de bosses. J'aimerais que ça se passe ici à Livigno. Revenir ici aux Jeux Olympiques pour suivre mon fils me remonte pas mal de souvenirs.
C’était vos premiers Jeux. Comment avez-vous vécu cette course de l’intérieur ?
C'était mes premiers et derniers Jeux. C'était exceptionnel bien que l'ambiance était particulière parce que c'était six mois après le 11 septembre 2001 (l'attentat des tours du World Trade Center à New-York, ndlr). Il y avait des protocoles sécuritaires oppressants. On vivait en meute, on n'avait pas de contact avec le public et les familles. Ce qui était génial, c'était le village olympique à Salt Lake City. Mon souvenir le plus marquant reste la demi-heure avant mon passage en finale, les 2-3 échanges et regards avec les entraîneurs. Je m'en rappellerai toute ma vie.
A l’époque, ce n’était pas les mêmes équipements, ni les mêmes pistes, comment cette discipline a évolué ?
Ce qui a le plus changé, c'est l'évolution des sauts. Après 2002, les athlètes avaient le droit de mettre la tête en bas. Ça a donné un vrai coup de dynamisme au sport. Aujourd'hui, ça skie plus vite et la concurrence est folle. A Salt Lake City, on devait être 4 ou 5 à pouvoir prétendre à une médaille. Aujourd'hui, ils sont douze ! C'est dingue.
Voir mon fils aux Jeux Olympiques est une vraie fierté.

Qu’avez-vous fait après votre carrière ?
Je suis resté dans le sport de haut niveau, mais plutôt vers le skicross. Ensuite, je suis revenu à mes premiers amours (les bosses) en tant qu'entraîneur au club des sports à Megève, pendant six ans. Aujourd'hui, je tiens des magasins de locations de ski.
Qu’est-ce que ça vous fait de voir votre fils Paul-Andréa Gay, aux Jeux ?
C'est une vraie fierté. Il a 19 ans, c'est le plus jeune bosseur français à participé aux Jeux (chez les filles, Perrine Laffont avait 15 ans lors de ses premiers Jeux Olympiques à Sotchi en 2014, ndlr). Pour être honnête, je ne m'attendais pas à ce qu'il soit sélectionné, mais il a fait un début de saison très régulier, avec beaucoup de top 30 en Coupe du monde. Il est constant et a gagné en confiance. Je suis fier de son parcours. Revenir ici en tant que parent, dans le box proche des entraîneurs, c'est génial. C'est un peu frustrant car ce n'est pas moi qui ait le dossard sur le dos et je n'ai pas de contrôle, mais je suis très content d'être là.
Après avoir fait du ski alpin, il s'est spécialisé dans le ski de bosses très jeune. Cela n’a rien d’un hasard ?
Je ne l'ai jamais poussé à faire des bosses, mais c'est vrai qu'il y est venu naturellement. Nos environnements familiaux et sportifs le ramenaient toujours à cette discipline. Il s'est beaucoup amusé au début. Quand le niveau de performance est arrivé, il s'y est mis sérieusement.
A quel point avez-vous compté dans sa jeune carrière jusqu’ici ?
J'essaie de lui donner mon avis sur les stratégies de compétition mais j'ai une position particulière car je reste son papa. Paul-Andréa m'envoie systématiquement des vidéos et me demande ce que j'en pense. C'est lui qui me consulte plutôt que l'inverse. Je ne veux pas aller à l'encontre de ce que font les coachs car ils font du bon travail. En général, je vais le voir sur une ou deux Coupes du monde par an. Évidemment, je ne pouvais pas rater ces Jeux Olympiques !
Vous échangez beaucoup sur le ski ?
Oui. Pour l'anecdote, cet automne, il n'était pas très en forme. Il sentait qu'il manquait un petit quelque chose. On est parti tous les deux faire un stage en Suède pendant quatre jours. J'ai pris le rôle du coach, je lui ai donné des conseils sur la technique et les sauts. On a passé trois jours exceptionnels.
Il est sorti déçu de sa première course de qualification, vous lui avez dit quoi en bas du mur de bosses ?
Je ne pouvais pas lui dire que ce n'était pas grave. Ces conditions de compétition étaient difficiles, la visibilité était moins bonne qu'à l'entraînement, il ne voyait pas bien le relief. Je l'ai rassuré en lui disant qu'il avait cramé une cartouche et qu'il avait encore l'opportunité de se qualifier en finale. Il est tellement régulier, j'ai confiance en lui.
Je rêve qu'il passe devant moi !
Il vous impressionne votre fils ?
Oui, surtout son implication et son sérieux à l'entraînement, bien au-delà de ce que je faisais moi. C'est incomparable ! Il a pris conscience de l'importance de l'alimentation et du sommeil. Il a aussi une dose d'entraînements qui est 40% plus importante que la mienne. C'est un besogneux. Mais il m'impressionnera vraiment quand il sera devant moi en termes de résultats (rires) !
Votre fils a dit : « Si je peux battre mon père, je le ferai »... ça vous embêterait ou vous seriez fier ?
Je ne rêve que de ça, qu'il passe devant moi ! Je ne peux pas imaginer qu'il ne soit pas médaillé d'argent ou de bronze un jour aux Jeux. Je lui souhaite qu'il décroche une médaille aux championnats du monde, ce que je n'ai jamais eu. Ce n'est pas un challenge entre lui et moi. Je lui souhaite juste le meilleur !
Il est comment Paul-Andréa en dehors des pistes ?
C'est un garçon discret. Quoi qu'il fasse, il a la compétition dans la peau ! Quand on courrait ensemble, il fallait qu'il soit devant. Quand il joue au golf, il faut que le geste soit beau. C'est un perfectionniste dans l'âme. Ce qu'il fait sur les skis, ce n'est qu'une conséquence de sa personnalité.