Rencontre avec Fabien Saguez, chef de mission de l'équipe de France

Jeux Olympiques06 févr. 2026

A quelques heures de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Milan Cortina, Fabien Saguez, chef de mission de la délégation française, raconte cette dernière ligne droite avant le début de la grande fête italienne.

À quelques heures du coup d’envoi des Jeux de Milan Cortina, Fabien Saguez partage un message simple et puissant destiné aux athlètes français : rester soi‑même et se libérer. Entre tension positive, fierté de la sélection et défis d’une édition éclatée sur plusieurs sites, le chef de mission souligne l’importance de garder ses routines, de communiquer et de s’appuyer sur les staffs. Pour lui, l’essentiel est clair : entrer en compétition sans complexe et saisir cette occasion unique de faire rayonner la France et les sports d'hiver.

Cette fois ça y est, on entre dans les Jeux Olympiques ! Que ressentez-vous à cet instant précis ?

Ce sont toujours des moments un peu particuliers, une sorte d’entre-deux. J’appelle ça un temps de suspension. L’ensemble de nos athlètes sont en saison sportive, ont fait pas mal de courses, ont vécu cette émotion d’être sélectionné, la fierté d’être sélectionné… Ils savent que ça va démarrer mais, en même temps, cela reste un entraînement par jour, un peu d’entretien, on se projette, on pense à ce qui va se passer sur les évènements… C’est, je pense, la période la plus difficile. Mais elle est aussi nécessaire. Ce flottement s’avère nécessaire à la performance, à cet espèce de niveau de concentration, de tension, de stress positif, celui qui fait qu’on reste focus et qu’on déploie le bon niveau mental, physique, à la dimension de l’évènement que sont les Jeux Olympiques.

L’entrée en compétition change quoi à votre rôle de chef de mission ?

Évidemment, ce rôle de chef de mission démarre bien en amont, notamment avec tout le travail développé avec le staff du CNOF et les élus, on a beaucoup parlé de ces Jeux en BE, en conseil d’administration… Je suis arrivé à Milan il y a six jours, temps nécessaire pour faire le tour des infrastructures, m’assurer que tout le monde était bien installé dans son lieu de vie, que les coachs aient bien les facilités nécessaires pour accompagner les athlètes... Et c’est le cas.

A titre personnel ce sont mes 9e Jeux Olympiques et le Village de Milan est super, et j’y ai constaté une belle cohésion de nos athlètes. C’est le cas en montagne aussi, malgré un dispositif loin d’être traditionnel en raison de l’éclatement des sites. Et puis on surveille la météo, qui est importante pour les sports outdoor.

De J-100 à aujourd’hui, qu’est ce qui a changé ?

Tant qu’on n’est pas sur site c’est très difficile de ressentir ce que sont les Jeux Olympiques

Il y a, je crois, deux parcours différents, entre ceux qui n’ont pas encore vécu les JO et commencent à en ressentir la magie, et ceux qui l’ont vécu et connaissent cette sorte de passage obligatoire, où l’on délivre des messages, on se positionne… L’athlète qui est à un certain niveau de sa carrière, ce n’est pas le même prisme.

Je vais dire que le J-100 rend palpable l’évènement, mais tant qu’on n’est pas sur site c’est très difficile de ressentir ce que sont les Jeux Olympiques : un évènement universel dans lequel on croise des collègues du monde entier, où la stratégie des pays pour s’illustrer le temps de l’évènement se déploie jusqu’aux plus petits détails !

L’un des aspects les plus importants pour l’athlète est aussi le déclenchement des opérations médias, avec les zones mixtes, les sollicitations, et même le contenu des questions posées qui change. Elles deviennent moins des questions de spécialistes et se font plus générales, avec des réponses dans lesquelles on va démocratiser son sport… A ce moment-là, ça devient palpable. Et on s’attache beaucoup à ce que ceux qui ont déjà l’expérience des Jeux puissent la transmettre aux nouveaux. Je pense que ça fonctionne bien.

Ce sont les filles du hockey du glace qui ont ouvert la compétition côté tricolore, un beau symbole…

Oui, c’est forcément particulier puisque le hockey sur glace féminin français n’avait jamais pris part aux Jeux Olympiques. Et qu’à cette première s’ajoute le grand retour des garçons sur la scène olympique. Ce match symbolisait beaucoup de choses. C’était extraordinaire en outre qu’elles ouvrent leur compétition face à l’Italie, pays organisateur de ces JO. Nul doute qu’à la fin de la quinzaine, on se souviendra que les Jeux respectifs de nos deux pays se sont ouverts sur ce match, au moment d’opérer la transmission de l’Italie à la France pour les Jeux d’hiver de 2030. J’y vois un signe assez magique.

Pour conclure, quel message voulez-vous passer aux athlètes français ?

Libérez-vous !

Le message est clair : déjà, ne pas essayer d’inventer les choses. On fait ce qu’on sait faire. Rester focus dans ses routines, s’appuyer sur les staffs, être rassuré quand c’est le moment, beaucoup communiquer, et puis se libérer totalement, entrer dans les épreuves sans complexe. Les JO sont la formidable opportunité de s’exprimer et de faire la promotion de son sport devant le monde entier, et pour certains, de remporter une médaille, voire même un titre. Donc le message est : libérez-vous !