Conversation avec... Didier Seminet, secrétaire général du CNOSF

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Parcours, rencontres, priorités, Tokyo 2020... Conversation avec Didier Seminet, 55 ans, nouveau secrétaire général du CNOSF, et président pendant onze ans de la Fédération française de baseball et softball.

Didier Seminet, nous connaissons le dirigeant de fédération et désormais secrétaire général du CNOSF, mais d'où venez-vous ?
D'abord, je suis un Parisien, né à Paris, qui a toujours vécu dans le sport. J'ai commencé le baseball en 1974 et puis je suis président de cette fédération depuis maintenant 2010.

En 1974, le baseball est un sport totalement confidentiel, il devait y avoir très peu de licenciés à l’époque…
Ah mais, il n'y en a pas beaucoup plus aujourd'hui ! (rires) Le baseball a d'abord été pour moi un lieu d'épanouissement, surtout le club. La rencontre avec le club et les premiers coachs en fait, je crois, a un peu tracé mon monde et ma route durant toute ma vie. Au-delà de la pratique sportive par elle-même, ça a été cette rencontre entre un enfant et un coach qui a parsemé l'ensemble de ma destinée, avec le sens des valeurs sportives et la mise en responsabilité.

Je pense que je suis un vrai bienveillant.

Quel joueur étiez-vous ?
Je n'étais pas ce qu'on appelle un très bon joueur mais j'étais un très bon coéquipier. J'ai toujours été capitaine, j'ai toujours été un peu le chef. On me reconnaissait des qualités que je crois avoir travaillées au fil du temps pour en faire une forme de marque de fabrique. Je pense que je suis un vrai bienveillant. Ce qui ce qui me motive, c'est l'expression des bons sentiments.

C'est une bienveillance que vous avez aussi exprimée dans votre vie professionnelle ?
Oui, très vite… mais très vite aussi, je me suis aperçu que si je n'étais pas en accord avec les chefs, il fallait ou que je me soumette ou que je me démette. Et la vie est parfois simple. A l'appui de mon expérience de conducteur de travaux, j'ai eu des opportunités pour créer mon entreprise, qui existe maintenant depuis février 2000. On fait de l'ingénierie dans la prévention du risque dans le bâtiment et les travaux publics. Et depuis 21 ans que cette entreprise existe, son organisation a été aménagée pour me laisser du temps afin d'aller vaquer à ma vraie passion, le sport.

La prévention du risque, ça fait partie des missions d'un secrétaire général ?
Tout est prévention dans la vie. Il faut être en capacité d'analyser une situation et d’identifier les risques qui en découlent pour pouvoir les mesurer, et en faire quelque chose de facile. Evaluer le risque, le supprimer, le combattre, c'est dans mon ADN et je vais toujours être, grâce à ça, instinctivement prévenant.

Comment avez-vous aménagé la vie de votre entreprise au bénéfice du sport ?
Des fois les choses s'imposent. La création de mon entreprise a d'abord été la création de mon propre emploi. Au fur et à mesure, les opportunités ont permis de faire grossir l’entreprise et le chiffre d'affaires. Et à un moment, on atteint un seuil d'incompétence. Fin 2005, entre mes différentes sociétés, je devais compter entre 30 et 40 salariés ; mais je mesure alors que je ne sais pas faire, que je n’ai pas été formé pour ça… et je fais un malaise cardiaque. Donc en fait, je ne choisis pas d'aménager ma vie, je dois le faire. A cette époque, je gagnais très bien ma vie, mais j’avais failli la perdre. Il y a une prise de conscience qui m’amène à réduire la voilure mais aussi à mettre à profit du temps pour replacer dans ma vie la passion qui m’anime depuis toujours, le sport.

Avec Riccardo Fraccar, président de la World Baseball Softball Confederationi

Comment passe-t-on du diamant du baseball à l’ovale de la salle du Conseil d’administration du CNOSF ?
Tout commence avec l'élection à la présidence d'une Fédération nationale. Quand on arrive dans son premier mandat, on regarde ce qui se passe dans la maison, sa fédération, on essaye de la faire tourner et de l'améliorer. Ensuite, il y a une vocation, celle d'aller chercher l'expérience des autres pour continuer à améliorer sa fédération. Pour ma part, je suis d'abord passé par l'international. Je me suis fait élire au Board européen puis à la présidence de la Fédération européenne. J'ai alors découvert qu'être président d'une fédération nationale et d’une fédération continentale, donnait un peu de légitimité à participer aux travaux du Conseil d'administration du comité olympique. Je m’y suis présenté, avec d’abord l’ambition d'aller chercher les expériences de chacun pour améliorer mon propre système, ma propre fédération.

Une aventure extraordinaire : découvrir les Territoires du mouvement sportif.

Avec Denis Masseglia

Et de là, vient une envie de faire plus ?
Quand on est élu, si on le peut, on a envie de faire plus. Très vite, je me suis pris au jeu. Je voulais faire plus. J'ai rencontré au sein du Conseil d'administration du CNOSF des personnes incroyablement impliquées. Et j'avais l'impression de m'y retrouver. Je découvrais que le niveau d'implication que j’avais pour moi dans ma discipline, d’autres la vivaient de manière pluridisciplinaire. La rencontre que j'ai eue avec Denis Masseglia a notamment constitué un tournant. Gamin, je rencontre un coach ; adulte, je rencontre Denis Masseglia. Ce Monsieur, c’est la preuve, le gage de la transcendance et de l’engagement personnel. Cette rencontre a été très importante pour moi.

Au plus proche des athlètes à Minsk 2019

Cette pluridisciplinarité, vous la retrouvez comme chef de mission sur les Jeux européens…
D’abord, ma Fédération passe d'un collège non olympique à un collège olympique. Je vais rencontrer des présidents de fédérations olympiques reconnus et investis et prendre de chacun ce qui me parait nécessaire pour ma fédération.
Et puis, il y a eu une opportunité, l’attribution du rôle de chef de mission pour les Jeux européens de Minsk pour lesquels on me désigne. J'ai alors compris avec ces Jeux ce qu'était la machine du CNOSF. Là on vit vraiment avec l’ensemble du comité olympique. On s'aperçoit que c'est incroyablement un métier que de s'occuper des événements et, entre autres, des grands événements.
Enfin, il y a eu une place qui s’est libérée au sein du Bureau exécutif et j'y ai vécu une aventure extraordinaire : découvrir les Territoires du mouvement sportif. J'ai rencontré des gens incroyablement différents les uns des autres, mais d'une richesse implacable.

Au sein de ce Bureau exécutif, vous retrouvez Brigitte Henriques…
Je rencontre en effet Brigitte Henriques, également vice-présidente. Je trouve dans cette femme quelque chose de différent, des points communs sur l'implication, sur la façon de voir la vie. Il y a d’abord eu une relation humaine, puis la candidature est partie un peu comme un challenge. Je voyais tout de positif dans cette candidature de Brigitte Henriques. C’était d’abord celle d’une femme qui venait d'un contexte. Le football féminin, c’est un peu une petite fédération dans une grosse fédération, donc vous développez d'autres valeurs. C'est surtout une petite main qui a travaillé à l'intérieur de cette fédération pour faire avancer la cause du football féminin. Tout cela m'a plu et on s'est mis à l'ouvrage.

Une gouvernance partagée va permettre d'ouvrir le champ des possibles.

Et vous avez mobilisé…
On est parti à 2, à 3 et la suite serait une paraphrase du Cid de Corneille. La démarche a été co-construite à travers toutes les rencontres, toute la diversité de chacun. Je pense que Brigitte Henriques a écouté les points de vue de tout le monde. Elle n’a évidemment pas fait l'unanimité, mais c'est aussi la manifestation d'une respiration démocratique.
L'idée que je puisse être son secrétaire général, n’avait pas été évoquée. C'était pour moi une position qui n'était pas permise parce qu’il fallait respecter la démocratie et d'abord gagner cette élection, puis être réélu au conseil d'administration. Ensuite seulement l’équipe pouvait se dessiner. Je peux le dire, Brigitte Henriques m’a proposé d’être son secrétaire général entre son élection et le Conseil d’administration qui s’est tenu la semaine suivante. J'ai évidemment accepté de suite.

Mobilisation des CROS, CTOS, CDOS pour le Pass'Sport, avec Brigitte Henriques

Justement qu’acceptez-vous comme mission en tant que secrétaire général?
J'ai d’abord demandé qu'on laisse les territoires au niveau du secrétariat général. J'ai beaucoup apprécié la rencontre avec ces femmes et ces hommes du mouvement olympique sportif français et je pense, c'est peut être prétentieux, en tout cas ambitieux, que ce réseau n’a pas encore donné sa quintessence. C'est juste incroyable. Si on arrivait à optimiser ce réseau, je pense très honnêtement qu'il n’y aurait pas une organisation en France à la hauteur du mouvement sportif français. Certains pourraient me prendre pour un naïf utopique, mais je le revendique. Faire le lien entre la présidence, les territoires, les fédérations, c'est participer à la concorde du mouvement sportif. C'est comme ça que je vois ma mission.

Avec Brigitte Henriques, comment envisagez-vous de relever la France du sport. Quels vont être vos axes forts ?
Sur la forme, c'est la co-construction, une gouvernance partagée qui va permettre d'ouvrir le champ des possibles. La force est là. Il nous faut la démontrer, ce qui passe par beaucoup de sujets politiques, et la capacité à être très réactifs et surtout proactifs sur les problématiques de demain. Dans la construction même de l'équipe dirigeante voulue par Brigitte Henriques, il y a ainsi cette notion de grande cause nationale, c'est-à-dire des sujets qui dépassent le mouvement sportif. On parle d'Environnement, de Santé, d’Education. Ce sont des sujets transversaux qui vont aussi nous permettre de d'élargir le spectre du mouvement sportif.

Vous devez abandonner la présidence de la Fédération française de baseball pour accomplir votre mission de secrétaire général du CNOSF, comment se porte-t-elle ?
La problématique est la même dans toutes les fédérations, qu'il y ait 300 000 licenciés ou 15 000 comme à la Fédération française de baseball softball : comment répondre à une nouvelle exigence des pratiquants, qui tend en particulier vers une « uberisation », un mot qui décrit une tendance au « tout, tout de suite », éloignée des valeurs que je défends.

Ceux qui arrivent aujourd'hui dans les équipes nationales de jeunes seniors, je les ai connus enfants.

Comment mesure-t-on la santé d’une fédération ? Je dirais, c’est un peu le formatage ministériel : on regarde en particulier le nombre de licenciés, le budget, les résultats sportifs internationaux.
Pour le baseball, nous étions au 42e rang mondial à mon arrivée, à la 25e aujourd’hui. D’environ 8500 licenciés quand je prends la présidence de la fédération, nous sommes désormais aux alentours de 15 000. Et, sur l'aspect budgétaire, nous sommes passés d'un million d'euros à 1,7 millions.

Inauguration d'un diamant à Strasbourg en 2016 - Photo @AlsaceBaseball

Mais il y a des tas de choses que l’on ne mesure pas. Le baseball se joue sur des infrastructures spéciales par exemple. En 11 ans, on a vu de très nombreux projets se concrétiser. On compte aujourd'hui des infrastructures de qualité qui pourraient nous permettre développer. Et puis, je pense que mon arrivée a permis aussi de créer une dynamique. Je ne voudrais pas laisser croire que le président fait tout mais, dans une petite fédération, l'impact qu’il peut avoir est parfois considérable. Je fais partie des présidents de fédération qui, quand il arrive dans un stade, connaissent tous les supporters ou quasiment. Les joueurs qui arrivent aujourd'hui dans les équipes nationales de jeunes seniors, je les ai connus enfants. Il y a forcément un lien beaucoup plus familial qu'on peut ne pas avoir évidemment dans les grosses fédérations.
Cette fédération, je la quitte donc avec un pincement au cœur, mais statutairement je peux pas peux pas cumuler. Ce sera au plus tard le 6 octobre prochain. Je pense que j'ai mis une équipe en place qui, de manière collective et responsable, choisira le meilleur ou la meilleure d'entre eux pour prendre la présidence. Et puis, au CNOSF, j’aurais toujours à l'esprit d'où je viens, à savoir la plus petite fédération de sport collectif olympique.

Qu’attendez-vous de Tokyo 2020 ?
En tant que secrétaire général, mon objectif sur place n’est pas de découvrir les Jeux olympiques mais d’abord l'équipe de France olympique et les équipes du CNOSF. On participe à quelque chose qui dépasse le sport, à une œuvre collective. C'est peut être présomptueux, mais ces Jeux démontrent au monde que malgré cette pandémie, on est capables de mettre en avant nos sportifs, qui le méritent. Cette année complémentaire de préparation n'a pas toujours été un avantage. Un an de plus, des fois, c'est gênant, ça peut même être handicapant. Thomas Bach évoquait la lumière au bout du tunnel. Je pense que c'est ça l'idée. Les Jeux olympiques, c'est la fête de l'Humanité tout entière. Et la France olympique y a toute sa part. Comme pays fondateur des Jeux Olympiques, et comme futur pays hôte. La transmission du drapeau de Tokyo à Paris pour la prochaine Olympiade, va avoir une portée symbolique et émotionnelle énorme.

A Bailly-Romainvilliers pour l'inauguration d'un terrain de baseball 5 - Photo FFBS

Le baseball ne sera pas au programme de Paris 2024, vous envisagez tout de même de valoriser d’une manière ou d’une autre la discipline pendant les Jeux ?
Ne pas être au programme n’empêche pas en effet d'imaginer d'avoir des projets communs en parallèle des Jeux. Il y a des choses que l’on met en place avec les instances internationales. On imagine faire des choses pour 2024, mais aussi pour 2025, avec ce qui pourrait ressembler à des matchs de professionnels de Ligue américaine qui se joueraient ici, à Paris. On a aussi développé une discipline très urbaine qui s'appelle le baseball 5 qui se joue sans batte, sans gants, mais qui permet l'acculturation aux règles, quelquefois un peu compliquées pour le profane.

Le baseball c’est un des tournois olympiques les plus attendus par le Japon...
Le Japon, c'est le numéro un mondial sur la plan olympique, aussi bien en baseball qu’en softball. Au baseball, Cuba a énormément souffert de la désertion de ses joueurs et les Américains ne jouent pas encore le jeu olympique. Le baseball n’a pas connu l’équivalent de la Dream Team américaine de Barcelone au basket, avec pour la première fois une équipe de joueurs NBA représentée aux Jeux olympiques. Nous n'avons pas séduit suffisamment les grosses franchises américaines avec les Jeux olympiques. Elles sont là mais n'envoient pas leurs meilleurs joueurs, cela reste à un niveau amateur alors que d'un point de vue professionnel, les meilleurs joueurs sont pour moi Américains.

A Tokyo, à l'occasion de la conférence de presse institutionnelle de la délégation française

Au softball, États-Unis et Japon se valent. D'ailleurs, si je pouvais faire un pronostic, il sera plus facile à faire sur le softball que sur le baseball avec une finale Japon-USA. Il pourrait y avoir la même affiche au baseball et ça sera juste énorme pour les Japonais, même en l'absence de spectateurs. Pour avoir vu des rencontres au Japon, aussi bien de baseball et softball, c'est juste incroyable. La façon très ordonnée dont les Japonais vont supporter leurs équipes respectives, c'est déjà un spectacle. Les Jeux Olympiques sont exceptionnels quel que soit le sport que vous regardiez, mais ça a une saveur particulière quand c'est le sport collectif national. Avec le football et peut-être le rugby, c’est vraiment le sport collectif populaire au Japon. Les premiers matchs se joueront d'ailleurs à Fukushima. Il y a donc un côté symbolique supplémentaire, d'ailleurs assumé par le CIO pour démontrer qu’il y a un après Fukushima, et c'est au baseball que revient l'honneur de jouer là-bas. Ces Jeux sont un peu des Jeux de la résilience.

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