Pierre You : « L’escalade et le ski-alpinisme sont à l’aube de leur développement »

Photos CNOSF/KMSP et FFME
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Unique fédération en France à compter à la fois un sport au programme olympique (ski-alpinisme aux JOJ de Lausanne) et en été (l’escalade aux JO de Tokyo), la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade vit une année charnière.

Entretien avec son président, Pierre You...

Que de chemin parcouru pour votre fédération en l’espace de seulement quatre ans…

La première partie remonte à l'été 2016, à Rio, quand nous avons su que nous entrerions au programme olympique de Tokyo. J’avais conscience que ça ne serait pas facile et cela s’est vérifié. On peut même dire que cela a été extrêmement compliqué puisque juste après, on nous annoncé que nous allions aux Jeux Olympiques de la Jeunesse à Buenos Aire pour l'escalade ! Pour Tokyo, on nous a demandé ensuite de choisir entre une discipline ou de créer un combiné. La fédération internationale a préféré opter pour toutes les disciplines donc nous avons dû créer un combiné. J’ai alors constitué un G7 des grandes fédérations pour travailler dessus. Notre dossier a été validé à l’unanimité, puis c’est la fédération internationale qui l’a accepté à son Assemblée générale. Derrière, il a fallu s’occuper des athlètes et avoir des sélectionnés. Et là, surprise, on se retrouve avec les Jeux Olympiques de la Jeunesse avec le ski-alpinisme. En France, nous sommes ainsi la seule fédération à avoir des sports en hiver et en été.

Ces deux disciplines ont beau être différentes, elles épousent la même trajectoire ascensionnelle. Existe-t-il des synergies entre les deux au sein de votre fédération ?

Avant d’entrer dans ces process-là, il fallait absolument que l’on optimise nos moyens humains et financiers. On a donc créé un département « sport et performance » avec des spécialisations. Il y a par exemple des salariés qui sont guides de haute montagne et qui s’occupent de manière plus spécifique de la partie technique. Mais pour ce qui concerne la partie réglementaire, la gestion des résultats, ll'organisation du calendrier, quel que ce soit le sport, c’est la même chose. Du coup, notre directeur des équipes de France est à la fois celui de l’escalade et du ski-alpinisme.

Ce que nous vivons est énorme

Avec le ski-escalade aux JOJ de Lausanne et l’escalade aux JO de Tokyo, est-ce l’année la plus importante de l’histoire de votre fédération ?

Oui. Ce que nous vivons est énorme.

Est-ce exagéré de dire que l’image du ski-alpinisme et de l’escalade a été quelque peu dépoussiérée ?

Tout à fait. On a commencé par amener l’escalade dans les villes mais il faut continuer à sortir car l’escalade aère la tête. Adam Ondra, le Tchèque qui est champion du monde, a tout compris. Quand il est interviewé, il n’hésite pas à dire qu’il rêvait d’être champion du monde alors que c’est un grimpeur de falaises. D’un point de vue athlétique, faire quelque chose tout seul ou avec des amis et réaliser une performance devant les télévisions et un public alors qu’il n'y a une voie à gravir, c’est un autre enjeu.

Le rideau vient de tomber sur les épreuves de ski-escalade aux JOJ : quels sont les premiers retours ?

Les retours sont vraiment énormes. Sur le sprint, l’avantage est que le public a pu voir toutes les techniques avec le peau, le portage,… Tout y est dans un espace très réduit avec les gens autour. Et lors du relais, c’était court et ça envoyait ! C’était vraiment sympa : il y avait du monde, de l’ambiance et le site s’y prêtait. C’était grandiose. On les voyait monter d’un côté, descendre, passer de l’autre côté, monter, faire le portage, remonter, faire la descente,… Les engagés mettaient les peaux devant les spectateurs en bas. C’était génial.

J’espère que l'on verra le ski-alpinisme en 2026 aux JO de Milan. J’y crois

Un debriefing global est-il à l’ordre du jour ?

On travaille avec la fédération internationale car l’intérêt est de travailler en équipe. Il faut qu’il y ait un projet auquel tout le monde adhère à la base. Ensuite, chacun amène sa pierre en faisant concorder tous nos réseaux. Aujourd’hui, nous sommes ensemble en train de monter l’édifice. C’est très important, ça va nous permettre d’avancer.

L’objectif de voir le ski-alpinisme intégrer le programme olympique à l’occasion des JO de Milan en 2026 vous semble-t-il abordable ?

J’espère qu’on verra le ski-alpinisme en 2026 parce que j’y crois. J’y crois parce c’est un sport médiatique, télégénique et magnifique. L’arrivée des drones a été très importante et permet de réaliser de super images. J’y crois aussi parce que c’est un sport essentiellement alpin auquel est attaché l’Italie…. et l’Italie est très implantée au CIO. J’y crois donc très sincèrement et notre entrée aux JOJ, qui est la porte obligatoire et un laboratoire comme on a pu le voir avec l’escalade, va dans ce sens.

En adaptant le ski-alpinisme au format olympique notamment en créant l’épreuve du sprint, ne risquez-vous pas de couper de votre base de puristes ?

Ca a fait grincer des dents et même encore un peu. Mais je représente les athlètes et si les athlètes veulent aller dans cette direction, on peut le faire sans pour autant perdre notre âme. Notre âme est là mais il y a des évolutions qui sont, sinon nécessaires, en tout cas souhaitables.

On peut s’adapter au format olympique sans pour autant perdre son âme

Est-ce un tournant, selon vous ?

Nous sommes actuellement à une période un peu charnière où l’épreuve est adaptée à l’Olympisme parce qu’on est dans des stations, avec des descentes pour l’essentiel sur des pistes damées. Je pense très sincèrement qu’on peut continuer à avoir notre ski-alpinisme tel qu’on le vit et, en même temps, avoir une partie sport olympique. Le triathlon l’a bien fait. Au départ, il n’y avait que des Ironman et ils ont créé un format olympique pour en arriver là. Et ça fonctionne bien. En ski-alpinisme, nous sommes en train de basculer un peu.

Mcikaël Mawem et le président du CIO, Thomas Bach, aux Jeux Mondiaux de Wroclaw 2017

A quel spectacle doit-on s’attendre à Tokyo avec l’escalade ?

Y aller, c’est fantastique. Mais après, il faut les vivre. Et ça va être extraordinaire à vivre ! Et le grand public va découvrir de vrais athlètes, qui ne sont pas des sélectionnés au rabais.

Comment envisagez-vous l’après-JO ?

Si on a la chance d’avoir des résultats ou même sans résultats, faire partie de ces sports qui vont être médiatisés lors des Jeux Olympiques nous garantit des retombées énormes. Mais après, il faudra que les clubs soient capables d’absorber les jeunes qui vont arriver.

Ce qui freine le développement de l’escalade en France, ce sont uniquement les équipements

Justement, quels sont désormais vos objectifs en termes de licenciés ?

L’escalade et le ski-alpinisme sont pour moi à l’aube de leur développement. En France, l’escalade enregistre 5 à 8.000 licenciés supplémentaires chaque année. Il y a quinze ans lorsque j’ai pris la présidence, nous en étions à 48.000 licenciés. Là, nous allons atteindre les 110.000. C’est énorme mais ce qui freine aujourd’hui le développement de l’escalade en France, ce sont uniquement les équipements. Les clubs refusent des jeunes. On propose de la « baby escalade » mais en ce moment, nous ne pouvons plus prendre d’enfants. Il n’y a plus d’équipements. On travaille donc là-dessus.

Peut-on dire que vous êtes un président heureux ?

Je suis incontestablement heureux d’être dans une belle fédération qui est à l’aube de son développement. Après quatre mandats, je l’abandonnerai même si je me pose encore des questions. Mais la fédération ne m’appartient pas. Je suis venu là avec des projets, on a m’a suivi sur ces projets, on les a menés à bien. Et j’espère que des gens encore plus compétents arriveront pour cette fédération continue à grandir. C’est mon voeux le plus cher.

Comment comptez-vous y parvenir ?

La fédération a un plan de développement pour les équipements assez énorme et notre vrai enjeu pour les prochaines années est d’accueillir les jeunes. Et je pense que ce sera la même opération pour le ski-alpinisme parce que dans les stations de ski, il y a de plus en plus de parcours de ski-randonnée, le ski-alpinisme représentant la partie compétition. Avec le réchauffement climatique, nous allons devoir nous adapter à la montagne. Avec le plus de moyens durables possibles, nous irons chercher la neige là où elle est et on y arrivera.

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