Rencontre avec Pierre-Yves Gerbeau, président de la FFHG

Jeux Olympiques05 févr. 2026

Les hockeyeuses ouvrent le bal à Milan Cortina 2026. Et quelle première, pour cette sélection qui n’avait encore jamais connu la lumière des Jeux Olympiques ! Rencontre avec Pierre-Yves Gerbeau, un président de la Fédération Française de Hockey sur Glace heureux… et ambitieux.

Comment s’est déroulée la préparation de ces Jeux Olympiques de Milan Cortina ?

Les filles se sont retrouvées en stage à Albertville juste avant de venir à Milan. L’avantage est qu’elles se rassemblent beaucoup plus que les hommes du fait que, jouant dans des championnats européens, elles ont beaucoup plus de flexibilité. Il y a moins d’enjeux économiques, aussi – malheureusement pour elles – ce qui nous permet d’avoir plus d’accès aux joueuses pour préparer les échéances en équipe nationale. Puis nous avons pris le temps d’arriver dès l’ouverture du Village afin qu’elles aient le temps de se mettre dans l’ambiance et profiter de l’atmosphère. C’est le tournoi d’une vie pour ces filles, et elles avaient des étoiles dans les yeux. Les voir prendre des photos devant les anneaux olympiques ou à la patinoire, c’est génial. Lore (Baudrit, la capitaine, ndlr) l’a rappelé : 150 joueuses les ont précédées et ont pavé le chemin. Trois générations en ont bavé pour que ces 23 filles-là arrivent à cet aboutissement olympique. On ne pouvait décemment pas leur dire de rester dans leur chambre sans s’imprégner de l’évènement ! Donc elles ont eu quelques jours pour le vivre, et maintenant elles sont redescendues et totalement tournées vers leur compétition.

Quel est l’objectif de cette équipe sur la glace ?

On ne s’arrête pas au simple fait de participer aux Jeux. Alors nous ne sommes pas parmi les favorites, loin de là ! Mais le secret espoir, c’est un quart de finale. Ce ne sera pas évident mais il y a un truc à faire. Si la Suède est très forte, derrière nous avons une carte à jouer même si les Italiennes auront aussi cet avantage de jouer à domicile, dans une patinoire qui sera sans doute pleine pour leurs matchs. Mais on a déjà battu l’Allemagne, face au Japon non plus il n’y a pas de complexe à avoir... Maintenant c’est un tournoi comme un autre, avec deux équipes sur la glace et... que la meilleure gagne ! Par ailleurs, et là je parle en tant que chef de mission adjoint dans ces Jeux, ce serait magnifique si ce groupe de filles extraordinaires pouvait ouvrir la campagne olympique de toute l’Équipe de France par une victoire, lancer ces Jeux sur une dynamique positive pour toute la délégation. Parce qu’on sait que tout le monde, de Milan à Bormio en passant par Cortina ou Anterselva, va les regarder et les pousser cet après-midi. C’est une récompense magnifique pour toutes ces filles en premier lieu, mais aussi pour tout le hockey féminin français.

Vous parlez de récompense pour une génération et ses devancières, mais ces Jeux marquent également un tremplin pour cel

Oui et l’avantage en plus, c’est que les Alpes 2030 arrivent. Nous avons créé un cercle vertueux. Maintenant, en tant que fédération, on doit passer un cap économique pour qu’à terme on arrive à un modèle comme en rugby où la FFR paye une partie du salaire de la joueuse, et le club l’autre, pour leur permettre de mieux vivre de leur sport. Le tremplin est là. On travaille beaucoup sur la constitution de ce modèle économique qui chez les femmes n’existe pas encore. Et les Jeux Olympiques ont leur rôle là-dedans. On n’a jamais eu par exemple une telle couverture médiatique. Je dis toujours que si tu n’es pas aux JO, tu n’existes pas. Là, nous avons la chance d’être deux fois olympiens à la suite, sans oublier des championnats du monde masculins organisés en France entre-temps. On a cette visibilité pour surfer sur l’élan créé. Il faut que d’ici 2030 on ait passé un cap – et on sait que le cap, ce sont les partenaires privés – pour trouver un modèle économique pérenne, impulser une dynamique en construisant des patinoires vertueuses, à 0 carbone, comme à Dreux, à Douai et bien sûr Nice… L’enjeu est énorme. Et c’est là, aujourd’hui, que l’on entre dans la spirale positive. Cet après-midi.

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